Pompeii, la cité antique
"Faire dans la mesure de nos forces, c'est souvent ce que la vie nous demande. Faire dans la mesure de nos moyens, c'est aussi ce que la vie exige. Faire dans la mesure, dans la mesure oui... et n'en être pas atteint. Nous nous voyons vainqueurs parce que hors de prise du doute et de l'hésitation, hors de prise de la douleur et de la raison. Les idéaux se vérifient à leur valeur, et les rêves, la foi au cœur."
Laurence De Greef
"Ce qui a suscité mon admiration, mon intérêt et mon attachement pour cette ville antique, c'est la puissance qui émane toujours d'elle, qui ressort à travers ce qu'était le quotidien de la cité, ses maisons, ses boutiques, ses rues pavées aux pierres par endroit usées par le passage intensif des roues, ses espaces sacrés ou profanes, sa grandeur dans sa simplicité.
Pompéi, ce qu'il en reste, mérite toute l'attention, tout le respect et la compassion d'une grande tragédie. Pompéi a stimulé ma curiosité durant de nombreuses années et maintenant mon imagination. Elle aura eu cette emprise, à savoir, passionner n'importe quel amoureux de l'antiquité, grâce à cette trace figée dans le temps..."Laurence De Greef

J'ai
toujours aimé le calme et la tranquillité des nécropoles de Pompéi.
C'est une promenade pleine d'une réalité qui nous rattrapera tous un
jour et à laquelle il faut faire face avec sérénité et dans
l'acceptation la plus totale.
Dans un précédent poste, je vous avais écrit combien je prenais le temps de regarder en détail toutes ces tombes monumentales.
Beaucoup
m'ont interpellée, intriguée, et surtout attristée en voyant la stèle
du petit esclave Bebryx mort à 6 ans, vers les années 60 à 69 de notre
ère.
Hélas, c'est un trop jeune âge pour mourir. J'ai alors espéré que sa brève existence avait été des plus heureuse.
Ses
maîtres devaient beaucoup l'aimer pour lui offrir ce dernier lieu de
repos quand d'autres l'auraient jeté comme un déchet. Leur attachement
et leur affection ont été telles, qu'ils lui ont offert des rites
funéraires dignes d'un membre de leur famille.
La
concession se trouve dans la nécropole de la Porte Nocera. Après la
crémation du jeune défunt, ses restes osseux délicatement enveloppés
dans les plis d'un vêtement ont été déposés dans une urne. Une fiole et
un balsamaire ( petit récipient funéraire en forme d'amphore) en verre
contenant de l'huile et du parfum pour les libations ainsi que les
restes carbonisés d'une pomme de pin, déposés derrière la stèle,
témoignent de l'hommage rendu au petit garçon. Ce sont des traces
claires de rites.
La pomme de pin était brûlée sur
la flamme du laraire. Cela a toujours été un fruit à forte connotation
funéraire. On sait que la pomme de pin alimentait le bûcher.
Les
concessions accueillaient de nouvelles urnes au fur et à mesure des
années. Les lieux étaient protégés par la loi. En effet, des textes
juridiques indiquaient que le fait de briser, d'arracher ou de déplacer
des sépulcres, était considéré comme un délit de profanation.
Des marquages de surface établissaient un LOCVS bien défini, qui était censé garantir l'inviolabilité de l'espace sépulcral.
Nombre
de tombeaux de cette nécropole ont commencé à être abandonnés à
l'époque de Néron, lorsque les concessions ont été scellées.
La nécropole n'était déjà plus utilisée dans la décennie précédent l'éruption du Vésuve.
SIT TIBI TERRA LEVIS -Que la terre te soit légère petit Bebryx" Laurence De Greef
Intrigante est la defixio de PVBLIVS VESONIVS PHILEROS dans la nécropole de Nocera, qui apostrophe le passant par une mise en garde contre les faux amis.
"Passant, arrête-toi un instant si cela ne te dérange pas et apprends ce dont tu dois te protéger. Celui dont j'avais espéré qu'il serait un ami m'a intenté un procès, déposant de fausses accusations. Grâce aux dieux et à mon innocence, j'ai été libéré de toute charge. Que celui de nous deux qui a menti ne soit reçu ni par les Pénates, ni par les dieux infernaux."
De gros clous plantés dans l'inscription matérialisent la punition du maître, pour qu'il en reste trace dans le marbre. C'est bien lune pratique de defixio (du latin defigere, clouer, percer), il s'agit ici de clouer littéralement le sort par des clous magiques.
C'est le moment idéal pour un ALEA JACTA EST...
Laurence De Greef
Pompéi, si proche et si lointaine, tu es le prolongement d'un rêve pour tous les amoureux de l'Antiquité. Quelle abondance dans ta cité. N'épargneras-tu donc jamais tous ces rêveurs qui foulent ton sol ? Tes domus aux jardins fastueux, tes portiques raffinés, tes jolies fontaines, l'élégance de tes marbres, ton architecture, tout cela embelli par quelques pins parasols et par une mer d'un azur si profond... tout est admirable jusqu'aux rues les plus démunies de richesse.
C'est un curieux passage pour qui visite la cité à l'emporte-pièce, comme la foule qui la foule d'un simple regard. C'est un trésor d'enseignement pour qui prend le temps de l'admirer, de la comprendre, du petit matin jusqu'aux chaudes lumières de fin d'après-midi. C'est ce que j'ai fait sans compter mes pas.
Puis, alors que je cherche un endroit isolé pour me poser à l'ombre d'un arbre, je sors tout mon nécessaire pour écrire des pages entières... mais j'écoute, je rêve et Pompeii renaît dans mon imagination. Il n'y a rien de tel que cet endroit pour goûter au repos et à la paresse, il n'y a rien de telle que cette pause pour revivre pleinement.
Pompeii a ce pouvoir de parvenir jusqu'à moi comme un livre sacré offert à ma connaissance. Tous ses secrets n'ont pas été révélés, déchiffrés, appréciés à leur juste valeur. Quand nombre de visiteurs foulent ses rues à l'aveugle, ils ignorent ce que je vois d'un seul regard... son immense richesse.
Une vision mélancolique
"On ne se rend compte de l'importance de sa vie que devant l'image d'une tragédie passée. L'on éprouve alors l'envie de changer pour la goûter pleinement. Jusque là, nous nous pensions éternels tout en ignorant que c'était l'éternité qui nous contemplait." LDG
POMPEII
Trois beaux étés à Pompeii, plus de six semaines fastes, près de quarante six jours favorables à de longues promenades à travers la cité antique... voilà mes souvenirs les plus chers. Un témoignage de mon amour et de ma bienveillance pour cette cité autrefois d'un faste et d'un raffinement inouïs.
Pourtant, s'il est vrai qu'il n'en reste que des pierres, j'ai pu imaginer l'animation à travers ses rues, ses habitants d'alors y évoluer et s'activer à leur ouvrage, au quotidien. C'est à travers ces ruines que l'on peut comprendre leur vie.
Cette belle cité de Campanie nous raconte à quel point la vie battait comme un cœur, au rythme de sa musique, de ses chants, de ses fêtes, de ses processions religieuses, de ses fanfares militaires, de ses grandes "pompa triumphalis" des gladiateurs, de ses déclamations provenant des théâtres, de ses ovations de la foule depuis l'amphithéâtre.
Mais Pompeii, c'est aussi le silence de ses nuits où seuls les gargouillis des fontaines se font entendre, ce sont aussi les murmures de l'aube, les soupirs des amoureux, les rires des enfants, la vie dans les domus, et les larmes dans ses nécropoles... LDG
Stabia, Herculanum et la fameuse Pompeii, des cités en pleine activités... enterrées vives!
Construite aux côtés d'un marécage, Ostie se voit abandonnée définitivement après plusieurs générations, suite à la malaria qui s'installe. Contrairement à cette cité qui s'est éteinte petit à petit, non loin de là trois autres sont grouillantes de vie et toujours en pleine effervescence, malgré le tremblement de terre de 62, représenté sur l'inestimable bas-relief de la maison du banquier Caecilius Jocundus, lorsque la tragédie survient.
Ces cités seront en à peine quelques heures, recouvertes de cendres, de lapilis et de magma que le Vésuve expulse avec une violence inouïe, ce 24 octobre 79. Un grand nombre de siècles plus tard, on retrouvera les traces de cette vie à travers les rues, les domus, et les bâtiments municipaux et comitium, ainsi que les édifices cultuels à l'architecture élégante.
C'est grâce au mobilier, à la nourriture, et aux empreintes humaines et animales, que l'on peut imaginer aisément aujourd'hui, au travers d'une activité interrompue brutalement, le quotidien dans son luxe et son confort, du moins pour certains, donc le quotidien de ces gens de la Res Publica Pompeianorum, dite Pompeii et de ses alentours. Ces gestes figés dans une extrême souffrance, nous font cependant réaliser à quel point ce drame a été grand, après cette furie éruptive.
Dès lors, à chacune de mes visites du site archéologique, je ne manque pas de me recueillir de part et d'autre de la cité, consciente d'être avant tout sur les lieux même d'un immense lieu de sépultures.
La fameuse popina d'Asellina à Pompéi
Ce que l'on remarque à Pompei, c'est le nombre incroyable de popina ou caupona, c'est-à-dire, des tavernes où l'on servait nourriture et boissons. Le fait est que la majorité de la population ne possédait pas de coin cuisine dans leur maison, souvent, leur logement ne se résumait qu'à une simple pièce pour dormir. Pourtant, il fallait bien se restaurer, d'où la nécessité d'établissements, auxquels l'on donnait aussi le nom grec de thermopolium, parce qu'on y vendait du chaud, le fast-food de l'antiquité.
On a retrouvé dans la taverne d'Asellina, divers ustensiles sur le comptoir aux quatre jarres, qui témoignent d'un abandon subit des lieux provoqué par l'éruption du Vésuve.
Chose surprenante, Asellina, la propriétaire et les serveuses avaient le surnom de "Petite Anesse", à l'instar de l'âne Asinus, la monture favorite du vieux Satyre Silène, précepteur du dieu Bacchus, réputé pour sa sexualité torride. Ce surnom de "petites anesses" signifiait par là une invitation de ces femmes à profiter d'autres ressources dans leur établissement. C'est dire que l'on ne servait pas que des plats chauds dans la popina. Ces "extra" se faisaient sûrement à l'étage, où l'on peut toujours voir l'escalier qui menait aux chambres, où les "Petites Anesses" pouvaient à loisir offrir leurs prestations de nature plus intime.
C'est l'une des tavernes les plus connues de la rue de l'Abondance, la rue la plus commerçante de la cité. Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette taverne, ce sont les graffitis, témoins de ce passé particulier. *la Pompéienne Cuculla, dite "le Capuchon"*la Grecque Aéglé, "la lumière du jour"*l'Orientale Zmyrina, "de Smyrne"*la juive MariaCes femmes serviles n'étaient cependant pas considérées comme des Louves, ces prostituées travaillant dans un Lupanar. Non, elles n'offraient pas systématiquement leurs charmes, ce devait être ad libitum, un "service optionnel".
D'autres graffitis laissent à penser que la patronne et ses filles n'hésitaient pas à s'engager comme rogatores (littéralement "ceux qui demandent"). Les rogatores appellent à voter collectivement ou individuellement, pour un candidat en campagne électorale."Votez LOLLIUS FUSCUS comme DUUMVIR chargé de la voirie et de l'entretien des bâtiments civils et religieux. Les ASELLINAE vous le recommandent, et pas sans Zmyrina."
Ou encore "Je vous demande d'élire édile CNAEUS HELVIUS SABINUS. Il est digne de cette charge publique. Maria le demande". Sans oublier Cuculla :"Cuculla demande l'élection comme duumvir de GAIUS JULIUS POLYBIUS."
J'imagine bien la scène...
Dans le brouhaha de la rue se mêlait celui de la taverne. Face à leur consommation, les clients discutaient à grand renfort de cris et de gestes, de l'avenir politique de leur cité. Laurence De Greef
Galerie photos
Promenade à travers Pompeii et Herculanum
Dans une cité telle que Pompéi, les faveurs et la générosité des notables permettaient la construction d'établissements publics tels que des thermes, des théâtres, ou autres lieux de culture, de bien-être et de plaisirs, car les bains et les spectacles étaient payants et ces mécènes mettaient souvent la main à leur bourse, afin de satisfaire la plèbe.
Bien sûr, derrière cette générosité se cachait bien souvent un désir de réciprocité ; la VOX POPULI s'exprimant dans un vote.
Nul n'est parfait, mais on pourra leur reconnaître qu'ils n'hésitaient pas à dépenser leur propre argent quant de nos jours, les élus font preuve de générosité avec vos deniers.